Anastasia (2013)
This photographic series was created in 2013 at the Laboratoires d'Aubervilliers in Paris, where Anastasia Kostner and I were in residence for one of my choreographic works. At the time, we were developing a solo piece.
The rehearsal studio had an unusual blue carpet that gave the space a singular atmosphere. After a full day of rehearsing, I had brought my camera along with a few T-shirts, silk veils and pieces of lace. Anastasia changed, brushed her hair, put on a touch of lipstick, then looked at me with complete innocence and simply asked what she should do.
I invited her to keep moving.
I never asked her to pose. Instead, I encouraged her to continue following her inner movement, allowing an intimate and silent thought to unfold—something she never needed to explain or share with me. As I photographed her, I spoke to her in the same way I did during rehearsals. We were both moving. Our gestures responded to one another until the usual distance between photographer and model dissolved. Photographing became a choreography between us.
This profound trust allowed me to approach the body with exceptional closeness. My framing moved into the folds of movement, close to the skin, never seeking to possess the image. Fragments of the body became landscapes, lines, reliefs and abstract territories, where sensuality emerged not through nudity itself, but through presence.
The session was brief, entirely lit by natural light, with no elaborate staging. It unfolded like a breath, a lullaby, a suspended moment shared between two artists.
For many years, I believed I had to choose a single image. Over time, I realised that this series could only exist through its continuity. My photographic practice has always been deeply connected to cinema: I edit while I photograph. Each photograph is a shot; together they compose a visual score, a choreography of looking. The framing happens in the very moment of the exposure. Apart from a few black-and-white conversions, these photographs have not been retouched.
More than a decade later, this body of work now calls for a book and an exhibition. I also wish to reconnect with Anastasia to develop a new collaborative project around this experience—not out of nostalgia, but to bear witness to what an artistic encounter can generate over time.
Our collaboration never truly ended. It continued to resonate within each of us. Anastasia later became a Rolfer as well, following the years we spent working together, while I continued to deepen my own research into the body, touch, presence, photography, and teaching movement. Our paths evolved in different directions, yet they remain connected through a shared commitment to embodiment, movement, and the living experience.
This future project would be an opportunity to revisit this formative experience together and to make visible the lasting resonances that an artistic encounter can leave in a life. Some works are never truly finished. They continue their quiet work through the people who have lived them.
Anastasia (2013)
Cette série photographique est née en 2013, au Laboratoire d'Aubervilliers, où nous étions en résidence pour l'une de mes créations chorégraphiques avec la danseuse Anastasia Kostner. Nous travaillions alors sur un solo.
La salle de répétition était recouverte d'une étrange moquette bleue qui donnait au lieu une atmosphère très particulière. Après une journée entière consacrée au travail chorégraphique, j'avais apporté mon appareil photo, quelques t-shirts, des voiles de soie et quelques pièces de dentelle. Anastasia s'est changée, s'est coiffée, a mis un peu de rouge à lèvres, puis m'a regardée avec une simplicité désarmante en me demandant ce qu'elle devait faire.
Je lui ai simplement proposé de continuer à bouger.
Je ne lui demandais jamais de poser. Je l'invitais à poursuivre son mouvement intérieur, à laisser émerger une pensée intime qu'elle n'avait pas besoin de partager avec moi. Pendant que je photographiais, je continuais à lui parler comme je le faisais pendant les répétitions. Nous étions toutes les deux en mouvement. Nos déplacements répondaient les uns aux autres jusqu'à faire disparaître la distance habituelle entre la photographe et son modèle. Photographier devenait une chorégraphie à deux.
Cette confiance exceptionnelle me permettait d'approcher le corps avec une très grande proximité. Les cadrages glissaient dans les replis du mouvement, au plus près de la peau, sans jamais chercher à posséder l'image. Les fragments du corps devenaient des paysages, des lignes, des reliefs, des espaces abstraits où la sensualité naissait davantage de la présence que de la nudité.
La séance fut brève, entièrement réalisée en lumière naturelle, sans mise en scène complexe. Elle ressemblait à une respiration, à une berceuse, à un moment suspendu partagé entre deux artistes.
Pendant longtemps, j'ai pensé qu'il fallait choisir une seule image. Avec le temps, j'ai compris que cette série ne pouvait exister que dans sa continuité. Mon travail photographique entretient depuis toujours un dialogue avec le cinéma : je monte les images au moment même où je photographie. Chaque photographie est un plan ; leur succession compose une partition visuelle, une chorégraphie du regard. Les recadrages existent déjà au moment de la prise de vue. À l'exception de quelques conversions en noir et blanc, ces photographies n'ont fait l'objet d'aucune retouche.
Aujourd'hui, plus de dix ans après leur réalisation, cette série me donne le désir de concevoir un livre et une exposition. J'aimerais également retrouver Anastasia pour construire ensemble un projet de transmission autour de cette expérience. Non pas dans une logique nostalgique, mais pour témoigner de ce qu'une rencontre artistique peut produire dans le temps.
Notre collaboration ne s'est jamais véritablement arrêtée. Elle a continué à vivre en chacun de nous. Anastasia est devenue comme moi, praticienne de Rolfing, après les années de travail que nous avons partagées ; de mon côté, j'ai poursuivi mes recherches sur le corps, le toucher, la présence, la photographie et la chorégraphie. Nos parcours se sont développés différemment, mais ils demeurent reliés par une même attention au vivant.
Ce futur projet serait l'occasion de revenir ensemble sur cette expérience fondatrice et de rendre visibles les résonances qu'une rencontre artistique peut laisser dans une vie. Certaines œuvres ne s'achèvent jamais. Elles continuent silencieusement leur travail à travers celles et ceux qui les ont traversées.