c. 1930–
Groupe Pitjantjatjara — Désert Occidental
L’artiste
Bernard Tjalkuri est né vers 1930 à Waltja Rockhole, près de Kunumatain, dans le nord-ouest du territoire Pitjantjatjara. Ayant connu dans sa jeunesse la vie traditionnelle et nomade dans le désert, il appartient à cette génération d’artistes dont la connaissance du Country s’est construite directement au contact des terres ancestrales.
Aîné respecté, il est dépositaire du Tjukurpa, ensemble de récits, de lois et de connaissances reliant les Ancêtres, les hommes et le territoire. Ses peintures puisent dans les histoires associées aux terres de sa famille, notamment autour de Watarru et d’Aparatjara. Chez Bernard Tjalkuri, peindre est avant tout un acte de transmission : il ne représente pas simplement le paysage, mais les histoires et les chemins ancestraux qui lui donnent son sens.
L’œuvre
Cette œuvre particulièrement foisonnante se présente comme une véritable cartographie du désert et des récits qui l’habitent. Autour d’un grand motif circulaire central rayonnent une multitude de formes, de pistes et de signes, comme si plusieurs épisodes d’un même voyage ancestral étaient réunis sur une seule surface.
Le cercle central peut évoquer un site majeur du récit — point d’eau, campement ou lieu cérémoniel — autour duquel s’organisent les différents parcours. Les grandes formes en « U » renvoient traditionnellement à des personnages assis, tandis que les longues formes parallèles peuvent représenter des objets cérémoniels ou des éléments liés aux déplacements et aux activités des Ancêtres.
Particulièrement intéressantes sont les nombreuses empreintes d’animaux disséminées dans la composition. Certaines pistes semblent traverser le tableau et relier entre eux différents lieux, rappelant que savoir lire les traces constitue dans le désert une véritable connaissance du territoire. Hommes, animaux et Ancêtres semblent ainsi avoir laissé simultanément leur empreinte sur la terre.
La profusion exceptionnelle des couleurs donne à cette œuvre une dimension presque jubilatoire. Pourtant, derrière cette apparente liberté demeure une organisation précise : chaque chemin conduit quelque part, chaque site appartient à une histoire et chaque trace témoigne d’un passage. La toile devient ainsi un territoire vu non seulement avec les yeux, mais à travers la mémoire du Tjukurpa : un paysage où le présent et le Temps du Rêve continuent de se superposer.