c. 1935–
Luma Luma’s Journey, 1993
Pigments naturels sur écorce d’eucalyptus — 44 × 84 cm
Langue Martay Burarra — Clan Gamarl — Terre d’Arnhem
Provenance : Maningrida Arts & Culture, cat. GG1 — ancienne collection Laverty
L’artiste
George Ganyjapala est un artiste et aîné aborigène originaire de la Terre d’Arnhem, dans le nord tropical de l’Australie. Né vers 1935 et rattaché aux régions de Yilan et Bunbuwa, il appartient au groupe linguistique Martay Burarra et au clan Gamarl.
Son œuvre s’inscrit dans la grande tradition de la peinture sur écorce d’eucalyptus de la Terre d’Arnhem. À l’aide de pigments naturels, il transmet les récits et les connaissances dont il est dépositaire : voyages des Ancêtres créateurs, territoires sacrés et cérémonies. Ses compositions sont notamment caractérisées par le rarrk, ces fines hachures qui possèdent une dimension à la fois esthétique, territoriale et spirituelle.
L’œuvre — Luma Luma’s Journey
Cette écorce raconte le voyage de Luma Luma, puissant Ancêtre du Temps du Rêve. Parti de l’île de Murrungga, dans les Crocodile Islands, Luma Luma traverse la mer avant d’atteindre le continent à Yinangarnduwa, Cape Stewart. Son voyage appartient à un grand cycle ancestral associé à la transmission des lois et des cérémonies.
La composition se lit verticalement comme une carte du voyage. Dans la partie supérieure, les longues hachures parallèles représentent les étendues marines traversées par Luma Luma. La bande sombre qui coupe horizontalement l’œuvre porte les empreintes du Jarrak, la mouette, présence animale accompagnant et marquant le récit.
Dans la partie inférieure apparaît l’Ancêtre lui-même, représenté de manière extrêmement épurée. Le cercle inscrit dans son corps évoque les blessures provoquées par les lances lancées contre lui par les habitants du continent. Luma Luma finit ainsi son voyage à Yinangarnduwa et sa présence ancestrale demeure attachée à ce lieu.
Ici, la peinture est donc bien davantage que l’illustration d’un mythe. Elle relie un voyage ancestral à une géographie réelle : l’île, la mer, les traces de l’oiseau et le lieu où demeure Luma Luma. Réalisée avec les pigments mêmes de la terre, l’écorce devient à la fois récit, carte et mémoire sacrée d’un événement du Temps du Rêve