Awelye
Abie Loy Kemarre est née en 1972 dans la communauté d’Utopia, au nord-est d’Alice Springs. Artiste Anmatyerre, elle appartient à une famille majeure de l’art aborigène contemporain. Elle est notamment la petite-fille de Kathleen Petyarre, qui joua un rôle essentiel dans son apprentissage et lui transmit certains des récits et droits picturaux liés à leur territoire.
Abie commence à peindre dans les années 1990 et développe rapidement une œuvre très personnelle. Tout en puisant dans les traditions cérémonielles des femmes d’Utopia, elle les transpose dans un langage résolument contemporain. Parmi les thèmes importants de son œuvre figurent les Bush Medicine Leaves mais aussi l’Awelye, qui occupe une place fondamentale dans la vie culturelle des femmes d’Utopia.
Awelye – les cérémonies des femmes
Le mot Awelye désigne les cérémonies féminines pratiquées par les femmes Anmatyerre et Alyawarr d’Australie centrale. Elles réunissent les femmes autour de chants, de danses et de peintures corporelles associés à leur territoire, à leurs ancêtres et aux récits du Temps du Rêve.
Avant les cérémonies, les femmes peignent leur corps, notamment la poitrine, les épaules et les seins, avec des motifs dont elles possèdent les droits par leur appartenance familiale et territoriale. Ces dessins ne sont pas de simples ornements : ils expriment les liens entre les femmes, les Ancêtres et le Country, la terre à laquelle elles appartiennent.
Les femmes se réunissent ensuite pour chanter et danser ensemble. Par ces gestes répétés depuis des générations, elles entretiennent la mémoire des récits ancestraux et transmettent leurs connaissances aux plus jeunes. L’Awelye constitue ainsi à la fois une cérémonie, un enseignement et une affirmation de l’identité des femmes et de leur responsabilité envers leur pays.
Lorsque ces motifs passent du corps à la toile, leur signification demeure liée à cette tradition. Les peintures d’Awelye ne cherchent donc pas nécessairement à représenter une cérémonie de manière figurative : elles en transposent les peintures corporelles, les rythmes et la dimension collective.
Chez Abie Loy Kemarre, ce thème prend une dimension particulièrement contemporaine. Les formes héritées de l’Awelye deviennent un véritable langage pictural, mais derrière leur apparente abstraction demeure une histoire très ancienne : celle des femmes qui se réunissent, se peignent le corps, chantent et dansent pour maintenir vivant leur lien avec la terre et avec les générations qui les ont précédées.